Passés et présents de la contre-expertise militante

Du 10 au 23 mars 2025, le comité Justice4Nzoy organisait des Journées d’actions antiracistes avec l’objectif de faire connaître le dossier spécifique et de mener une réflexion plus large sur la violence policière raciste. Notre association a souhaité apporter une contribution à ces Journées par une soirée-débat sur la pratique de la contre-expertise militante dans l’histoire des mouvements sociaux en Suisse romande. Elle s’est déroulée le 22 mars dernier, à la Maison des association, en présence de 80 personnes.

Ce lundi 25 août 2025, la Commission indépendante et l’agence d’investigation Border forensics rendaient public leur rapport de contre-expertise et le moment nous a paru opportun pour publier les enregistrement des trois interventions de la soirée du 22 mars dernier:

  • Géraldine Beck et Alix Heiniger reviennent sur la mort de Patrick Moll en 1974 dans les environs d’Yverdon;
  • Alain Riesen évoque le mouvement autour de la mort d’Alain Urbain en juin 1980;
  • Elio Panese et Stan Michel, enfin, expliquent leur pratique présente de la contre-expertise au sein de Border Forensics autour de la mort de Roger Nzoy Wilhelm.

La contre-expertise s’établit comme pratique dès le début du XXe siècle au sein du mouvement ouvrier autour des accidents du travail. L’objectif de ces contre-expertises est triple : dévoiler la vérité sur un cas spécifique ; relever les omissions et les biais des enquêtes officielles ; apporter des éléments dépassant le cas particulier pour modifier des conditions de travail ou participer à la dénonciation de l’exploitation de la classe ouvrière. Cette pratique repose sur une ambivalence : elle doit à la fois mettre en évidence ce que les experts officiels refusent de voir et se fonder sur des connaissances admises par ces mêmes experts, faute de quoi elle risque d’être marginalisée en tant que pure dénonciation, que parole strictement militante.

Dans les années 1970, la contre-expertise militante prend un essor nouveau que documentent les travaux de Philippe Artières et Sabine Rousseau (Rousseau 2017, Artières 2023). En France, la catastrophe minière de Fouquières-lès-Lens (1970) marque un tournant dans la pratique. Les contre-enquêtes sur la catastrophe, menées par des médecins hospitaliers et des ingénieurs de l’École des Mines aboutissent à un « tribunal populaire » qui juge la catastrophe à partir de savoirs experts et s’appuient sur ce jugement pour dénoncer la condition ouvrière. Comme le montre Artières, ce « tribunal populaire » débouche sur la création de comités Vérité et Justice dont l’objectif est souvent d’assurer le suivi et la médiatisation de violences policières.

En Suisse, également, il existe des cas bien connus. Ainsi, la mort d’Alain Urban, le 29 juin 1980 à la clinique psychiatrique de Bel-Air (Genève) a-t-elle fait l’objet d’une intense bataille d’experts et de contre-experts. Il s’agissait à la fois de faire reconnaître la responsabilité du directeur de la clinique et l’erreur médicale commise dans l’administration du traitement qui devait coûter la vie au jeune militant de l’Association de défense des usagers de la psychiatrie (ADUPSY). Cette controverse devait permettre à l’ADUPSY de porter très largement ses revendications et de faire entendre la voix des patients (Ferreira, Maugué, Maulini 2020).

Six ans plus tôt, le 30 juillet 1974, Patrick Moll, un mineur détenu au pénitencier de Bochuz, était abattu par des policiers d’Yverdon-les-Bains, alors qu’il s’était évadé quelques heures auparavant. Le tir mortel sur un jeune homme désarmé et que les policiers n’avaient pas formellement identifié suscite une vive émotion et la constitution d’un Comité Patrick Moll qui cherche à établir les circonstances exactes du décès.

Roger Nzoy Wilhelm était tué par un policier, le 30 août 2021, sur le quai de la gare de Morges. Rapidement, un comité de soutien à la famille du jeune homme (alliance Justice4Nzoy) s’est constitué, puis, en mai 2023, une commission indépendante d’experts a été mise sur pied « pour faire la lumière sur les circonstances de sa mort ».

Que peut-on attendre des contre-expertises militantes ? Comment cette pratique évolue-t-elle dans le temps ? Dans quelle mesure permet-elle d’introduire un contrôle démocratique dans des secteurs de la société qui lui opposent leur esprit de corps ?

Ce sont les questions que nous avons souhaité aborder dans la soirée du 22 mars dernier dont l’enregistrement figure ci-dessous.

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